Œuvre produite par le Fonds cantonal d'art contemporain, Genève, pour le programme Mire. Diffusée sur les écrans de la gare de Chêne-Bourg, de novembre 2024 à juillet 2025.
Laida Lertxundi (*1981) est une artiste espagnole, originaire du Pays Basque. Elle a mis au point un processus de création qu'elle nomme "Paysages Plus" qui consiste à représenter un environnement naturel dans lequel vient s'ajouter la présence humaine. Cette présence se matérialise à travers un geste simple du quotidien, une attitude ou encore un son. Collaborant activement avec les différents éléments – humains et non-humains – qui constituent un film, Lertxundi tente d'aplanir la hiérarchie habituelle du cinéma, qui place l'auteur.e comme créateur.trice unique de l'œuvre. L'artiste travaille avec la pellicule 16 mm et la temporalité imposée par cette technique est en concordance avec celle déployée dans ses films : la contemplation des images filmées principalement en plan fixe, demande une certaine lenteur. Ses œuvres filmiques sont régulièrement présentées lors de festivals de films ou d'évènements artistiques internationaux. Ses films font également partie de diverses collections publiques ou privées.
Double Séjour Situation se déploie sous les yeux des usager.ère.s de la gare de Chêne-Bourg comme une halte cinématographique. La pellicule 16 mm plonge d'emblée le spectateur dans une atmosphère singulière. Visuellement, le film évoque le cinéma de la Nouvelle vague et peut, à certains égards, se référer plus particulièrement aux longs-métrages d'Éric Rohmer. Les paysages filmés, les conversations et réflexions des acteur.trice.s font en effet écho à certains films du cinéaste français. Néanmoins, il est question pour Lertxundi de traiter de la quotidienneté, sous toutes ses formes. La simplicité des gestes humains, des objets montrés à l'écran, des paysages mis en scène, des bruits qui constituent l'ordinaire sont exposés en très grand format. D'ailleurs, ces sons ambiants qui normalement sont inaudibles de par leur banalité, voire leur intériorité, habitent le film de la même manière que les autres composants : ils sont tout aussi présents qu'un corps, qu'une parole, qu'un objet. L'artiste crée donc une proximité avec cette quotidienneté banale, qui lui confère une dimension sensible. De plus, le film révèle sa technique à plusieurs reprises, ouvrant ainsi la porte à un riche univers réflexif. Le film parle de lui-même lorsqu'il tente de dévoiler sa durée, mais n'y parvient pas. C'est ce que le public observe avec l'apparition de deux femmes énonçant la phrase suivante: "le film dure … minutes", épisode précédé du titre à l'écran. Les filtres colorés qui se brisent devant la caméra révèlent les trucages propres à la technique cinématographique et le bruitage de l'appareil de projection se laisse entendre et se transforme en musique à l'égal du morceau de guitare. Le film de Lertxundi parle de film, de langage, mais aussi du rapport qu'entretiennent les êtres humains entre eux et avec la nature. (RV-2024)
