Cercles brisés, couleurs rompues, 1993
taille-douce sur cuivre, sur papier vélin de Rives 270gr
avec cadre 80 x 81 cm
édition limitée 25/35
n° inv. 02701 / 1 - 8 / 2
 
acquisition 2000

L'artiste français François Morellet était destiné à reprendre l'entreprise familiale, une fabrique de jouets à Cholet, près de Nantes. Ce qu'il fit, en parallèle de sa carrière artistique, jusqu'en 1975. De là, sans doute, lui vient son goût pour le jeu et son humour décalé. Dès les années 1950, il choisit de se tourner vers l'abstraction en réduisant le plus possible l'intervention de l'artiste et la subjectivité. Il se limite à un vocabulaire simplifié, ligne droites et grilles, a partir duquel il suit un programme identifié souvent dans le titre même de l'œuvre. Il est influencé par Piet Mondrian et les précurseurs de l'abstraction géométrique, dans une démarche qui vise à réformer la pratique artistique et dépasser la question du style. En 1957, il s'intéresse à l'art cinétique et fonde le GRAV, Groupe de Recherche d'Art Visuel, avec notamment Jesus Rafael Soto. Ses travaux quittent peu à peu le champ de la peinture pour se déployer dans l'espace et le temps. Il étend également ses moyens plastiques à toutes sortes de matériaux industriels, en particulier les tiges de métal et les néons. Sa réputation internationale se manifeste par des commandes publiques. Il est ainsi un des rares artistes à recevoir une commande du musée du Louvre en 2010. Mais François Morellet est toujours mu par sa nécessité obsessionnelle du jeu, qui le préserve de toute approche dogmatique. A Genève, l'artiste a exprimé son goût pour l'expérimentation des formes et les jeux de hasard lors d'un séminaire organisé à l'Ecole supérieure d'art visuel (maintenant HEAD) au printemps 1988, lors duquel il a invité les étudiants à concevoir des pièces sur le principe de son travail. En 1998, pour une commande commune des Fonds municipal et cantonal de Genève, François Morellet est intervenu dans le Tunnel du Valais, sombre passage souterrain sous les voies de chemin de fer dans le quartier des Pâquis. Il a choisi de dessiner des zigzags avec des néons bleutés, en s'imposant comme règle du jeu de relier les lettres composant le mot "valais" (Le Valais et ses hasards, 1998). 

Cercles brisés, couleurs rompues, est une série de huit burins sur cuivre, représentant trois arcs de cercle formant une ligne continue. Chaque occurrence du motif s'appuie sur la marge et déplace les arcs, suggérant un mouvement dynamique de formes en expansion. L'utilisation très légère de la couleur ne se perçoit qu'après une observation rapprochée. "J'ai toujours été passionné par le mariage de l'ordre et du désordre que ce soit l'un qui produise ou perturbe l'autre ou l'autre qui produise ou perturbe l'un". Le choix de la gravure sur cuivre est également un défi par les contraintes qu'exige cette technique, qui rend l'obtention d'un résultat précis, neutre et froid d'autant plus difficile. La gravure impose le fond blanc et l'usage de lignes. C'est une technique légère, aux antipodes des matériaux de construction qu'il utilise pour ses installations. Il pose ici avec brio et élégance la question de la fragmentation des formes, du jeu et du hasard qui sont au cœur de sa création. (EE-2019)