Les jeux sont faits - rien ne va plus - faites vos jeux , 2014
acier, béton
dimensions selon l'espace
n° inv. CP 2014-2
 
commande 2014

Œuvre produite par le Fonds cantonal d'art contemporain, Genève, pour le programme art&tram et installée en 2014 entre les arrêts du tram Onex-Salle communale et Confignon-Croisée.

Si quelques œuvres d’Eric Hattan sont parfois aussi immatérielles qu’une odeur, la plupart sont le fruit d’un assemblage improbable d’éléments préexistants récupérés, chargés d’une histoire, dont il se saisit souvent avec humour. Il s’en sert pour révéler des situations spatiales, comme les diverses fonctions d’un lieu. Loin des savoir-faire artistiques traditionnels, il intervient par des opérations à la fois simples et déconcertantes : obstruction, déplacement, mise en équilibre instable, renversement, suspension, détournement du quotidien, parfois aussi par soustraction, et toujours avec un sens de l’entre-deux, de l’éphémère et du précaire. L’artiste intervient quelques fois en extérieur par une approche décalée de l’espace public.

Les jeux sont faits – rien ne va plus – faites vos jeux prend place sur la commune de Confignon, le long d’une route droite de plusieurs kilomètres, caractérisée par une symétrie et une répétition d’infrastructures urbaines et de végétaux, alignés à intervalle régulier. L’artiste intervient sur onze des soixante mâts de lampadaires le long de cette route, qu’il transforme de manière sculpturale, tout en conservant leur fonction (à savoir l’éclairage public et le support des câbles du tramway). Tordu, retourné, mutant, réassemblé, chacun d’entre eux devient une sculpture unique et inattendue, parfois à la limite de l’impossible. L’ensemble se déroule comme une séquence cinématographique, les mâts apparaissant les uns après les autres au gré du déplacement des véhicules. Eric Hattan rompt donc avec fantaisie le rythme et la monotonie du mobilier urbain. Ce détournement ludique d’objets fonctionnels suggère aussi une réappropriation de la ville et de son aménagement. Les formes altérées des lampadaires en appellent en effet à l’imaginaire de chacun.e. Un paysage urbain sans qualité particulière se mue ainsi, chemin faisant, en paysage mental. Ce jeu sur la ville lui redonne une dimension plus humaine, alors même que la vie citadine tend, au contraire, à réduire la place et la liberté de l’individu.