tubes néon, tubes aluminium, acier galvanisé
env. 1.5 x 11.5 m
n° inv. CP 2009-1
 
commande 2009
Collection des Fonds d'art contemporain du Canton et de la Ville de Genève

Œuvre produite par les Fonds d'art contemporain de la Ville et du canton, Genève, pour le programme Neon Parallax et installée en 2009 sur la toiture de l’immeuble se situant à l’Avenue du Mail 14B, 1205 Genève.

Né au Kosovo, mais vivant aujourd’hui à New York, Sislej Xhafa s’est fait d’abord remarquer par sa participation « sauvage » à la Biennale de Venise de 1997, où il incarnait, à lui tout seul et en nomade, la représentation albanaise, habillé comme un joueur de football portant le drapeau albanais et invitant les visiteur.euse.s à échanger quelques balles. Depuis, dans ses performances, installations, sculptures, vidéos, il surprend par des interventions déroutantes, souvent nourries de constats sociaux ou politiques et dont la portée militante est soutenue par une présence formelle à la fois percutante, ironique et ambiguë : cœur de pierre, totem de scalps habités de fourmis, statue monumentale à la gloire d’un homme d’affaires noir, musiciens d’un orchestre symphonique encagoulés, commissariat transformé en chaleureux salon, etc. Aussi souriantes que grinçantes, aussi généreuses que critiques, ses œuvres décalées ne sont jamais univoques et trouvent souvent divers chemins narratif, affectif et formel pour toucher le public.

En abordant le présent concours, Xhafa a songé au rôle international de Genève comme lieu de paix et d’échanges entre les peuples. Comme dans la plupart de ses travaux, il a voulu mettre l’humain au centre de sa proposition et a décidé de donner à voir ici la partie la plus fine, la plus ouverte et la plus belle du visage : les yeux. Pour son installation lumineuse à Plainpalais, l’artiste a donc dessiné la silhouette de deux yeux immenses flottant sur le toit plat de l’immeuble. Cette silhouette est nettement visible de jour comme de nuit. En effet, le dessin précis, en tôle thermolaquée blanche découpée, se double sur tout son pourtour de la ligne fluide d’un néon noir, tandis qu’il se focalise en son centre sur une large pupille sombre. De nuit, le néon noir linéaire et la pupille s’habillent d’un halo de lumière qui en redouble les contours. Ce premier élément figuratif sur les toitures de la Plaine apporte une rupture d’échelle stimulante et un aspect onirique intrigant. L’universalité du sujet laisse de nombreuses lectures ouvertes, évoquant pour certains les géants des contes de notre enfance, pour d’autres le regard inquisiteur d’un Big Brother politique ou commercial, pour d’autres encore le regard d’un juge divin ou du témoin muet que nous sommes chacun.e l’un.e pour l’autre. (ABLB-2009)