verre Pyrex soufflé, sang artificiel et socle vitrine
hors tout 170 x 40 x 40 cm
n° inv. 03435 / A - B
 
acquisition 2021

Artiste, poète et performeuse, Giulia Essyad s'exprime à travers une production extrêmement personnelle qui se décline de l'écriture à la vidéo, de la céramique à la sculpture, de la photographie à la performance, car c'est bien de cela dont il est question dans une œuvre essentiellement tournée vers l'autoportrait, sous toutes ses formes. Elle explore la représentation du corps, et plus précisément celle de son propre corps, progressivement devenu son principal outil de création. D'abord rejeté par l'artiste, ce travail frontal qui s'est rapidement mué en évidence lui permet d'approfondir les différentes perceptions qu'elle peut avoir de ce corps omniprésent, sans censure aucune, puisqu'uniquement soumis à son propre consentement. Cet autofocus lui permet également de convoquer un imaginaire très dense, à la fois puissant et intime. Comme pour illustrer que chaque être humain est composé d'une multitude de visages, en écho à la mythologie hindoue, elle crée des avatars d'elle-même, tantôt nymphe antique, robot cyborg ou encore poupée guerrière, autant d'apparitions iconiques au visuel impactant, qu'elle met en scène dans des univers fantastiques où se côtoient légendes païennes, pop culture, esthétique digitale ou encore science-fiction. Peu à peu, l'artiste ôte ses costumes pour n'endosser que son propre rôle sans artifices et de façon totalement assumée, afin de dévoiler un travail plus provocateur et décomplexé qui cherche à libérer le corps de la prétendue normalité imposée par la société contemporaine et surtout des canons de beauté totalement hors de portée, véhiculés par les réseaux sociaux.

En 2018, Giulia Essyad initie le cycle d'œuvres Blue Period, dans lequel la couleur bleue évoque à la fois l'artificialité, le digital et l'altérité. Invitée par le centre d'art contemporain Fri Art en 2021, elle y présente sa première exposition personnelle institutionnelle, A Selene Blues, qui dévoile au public l'univers fantastique d'une fiction cyber-futuriste et éco-féministe dont elle est simultanément l'auteure, l'actrice et la directrice. Située dans un futur matriarcal, où les femmes sont assistées par des robots dotés d'une puissance terrestre et d'une intelligence émotionnelle, cette saga utopique suit les pérégrinations de Bluebot, une poupée bleue articulée, sorte d'automate gadget doté d'une vie artificielle qui permet aux protagonistes de se reproduire, de se divertir, de conserver des souvenirs et de créer des liens affectifs. L'exposition s'articule autour de ce film absent, dont l'artiste révèle les fragments: affiches publicitaires, effigies des héroïnes, costumes et stand de produits dérivés. Dans une mise en scène archéologique, la poupée bleue ainsi que des accessoires du tournage sont présentés tels des objets ethnographiques dans des vitrines qui leur servent d'écrins. Faisant partie du corpus Bluebot dont le FCAC a alors acquis plusieurs pièces, la sculpture en verre Pyrex soufflé Moonstrual Vessel, réalisée par l'artisan verrier Claude Merkli, dévoile un calice d'apparence organique composé de plusieurs fioles destinées à recueillir le sang menstruel (remplacé ici par du sang artificiel), à l'instar d'un reliquaire sacré d'un autre temps précieusement conservé pour l'accomplissement d'un mystérieux rituel expérimental. Le jeu de mot qui compose son titre évoque davantage encore l'idée d'un rite païen effectué en culte à la Nature, mère de toutes les femmes dans un cycle de renaissance perpétuelle. (IK-2025)