Œuvre produite par le Fonds cantonal d'art contemporain, Genève, pour le programme MIRE. Diffusée sur les écrans des hauts d'ascenseurs en rotation dans les gares de Genève Eaux-Vives, Lancy Pont-Rouge et Lancy-Bachet d'août 2021 à juin 2022.
Pauline Julier, née en 1981, a étudié à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, ainsi qu’à Sciences Po Paris. Son travail d’artiste et de cinéaste est rapidement remarqué. Elle est notamment lauréate du concours Broncolor en 2005, obtient le second prix de l’exposition WIP (Work in progress) des Rencontres internationales de la photographie d’Arles en 2006 et se voit remettre un Prix suisse d’art en 2012. Elle est résidente à l’Institut suisse de Rome en 2019-2020. Son travail – à la lisière du cinéma et de l’art contemporain – se décline sur différents supports : vidéos, installations, films et pratiques mixtes explorent le lien entre la réalité et la fiction. Ses questionnements tournent autour de la représentation de la nature et du dialogue entre nos modes de vie et l’environnement. L’artiste s’intéresse aux légendes et mythes fondateurs et à leur transmission au sein d’une société. Plus particulièrement, elle observe comment ces récits rendent compte des manières dont les êtres humains appréhendent leur environnement et composent avec des phénomènes naturels parfois extrêmes.
Avec Tout ira bien, Pauline Julier réinvestit un message banal en jouant sur ses différents niveaux de lecture et sa présentation. À la fois tourné vers l’état intérieur et les situations extérieures, le mantra « tout ira bien » peut être vu ici comme un précepte à l’attention du voyageur. Pourtant, le statut de ce message est ambigu ; là où il peut rassurer, il montre aussi que rien n’est sûr et que l’avenir demeure instable. Ce sentiment d’incertitude est corroboré par les modalités de présentation de ce mantra. En effet, amenés dans une nuit citadine par un drone qui s’approche d’abord du spectateur, lui fait face quelques instants, puis recule pour dévoiler son message, les trois mots prennent presque une dimension d’avertissement, répétitif et traduit dans plusieurs langues. Le drone-messager crée un décalage entre le sens bienveillant des mots et l’aspect inhumain de l’appareil qui semble nous surveiller avec son œil-caméra. La ville qui se découpe dans la nuit, entourée de pins parasols et parsemée de points lumineux dans le lointain, est distante et mystérieuse. Elle évoque un autre monde, peut-être un passé perdu ou un futur indéfini, ou alors une forme d’inconscient d’où seraient envoyés ces quelques mots. Il est intéressant de relever que l’artiste a réalisé cette pièce dans les environs de Rome en février 2020, juste avant la pandémie de Covid-19. L’œuvre prend alors une dimension quasi prémonitoire dans la mesure où, durant le confinement, les Italiens ont utilisé cette même phrase, « tutto andrà bene », pour se donner du courage, en l’accrochant par exemple à leurs fenêtres. En somme, Tout ira bien est une œuvre polysémique qui offre au spectateur la possibilité de se l’approprier au moment où il la voit et de choisir la signification dont il souhaite l’investir. (NM-2021)
