Œuvre coproduite par le Fonds cantonal d'art contemporain, et le Centre d'Art Contemporain Genève, dans le cadre de la Biennale de l'Image en Mouvement et du programme MIRE. Diffusée sur l'écran situé dans l'alcôve sur le quai de la gare de Chêne-Bourg entre novembre 2021 et juin 2022.
Artiste, poète et performeuse, Giulia Essyad s'exprime à travers une production extrêmement personnelle qui se décline de l'écriture à la vidéo, de la céramique à la sculpture, de la photographie à la performance, car c'est bien de cela dont il est question dans une œuvre essentiellement tournée vers l'autoportrait, sous toutes ses formes. Elle explore la représentation du corps, et plus précisément celle de son propre corps, progressivement devenu son principal outil de création. D'abord rejeté par l'artiste, ce travail frontal qui s'est rapidement mué en évidence lui permet d'approfondir les différentes perceptions qu'elle peut avoir de ce corps omniprésent, sans censure aucune, puisqu'uniquement soumis à son propre consentement. Cet autofocus lui permet également de convoquer un imaginaire très dense, à la fois puissant et intime. Comme pour illustrer que chaque être humain est composé d'une multitude de visages, en écho à la mythologie hindoue, elle crée des avatars d'elle-même, tantôt nymphe antique, robot cyborg ou encore poupée guerrière, autant d'apparitions iconiques au visuel impactant, qu'elle met en scène dans des univers fantastiques où se côtoient légendes païennes, pop culture, esthétique digitale ou encore science-fiction. Peu à peu, l'artiste ôte ses costumes pour n'endosser que son propre rôle sans artifices et de façon totalement assumée, afin de dévoiler un travail plus provocateur et décomplexé qui cherche à libérer le corps de la prétendue normalité imposée par la société contemporaine et surtout des canons de beauté totalement hors de portée, véhiculés par les réseaux sociaux.
Avec Bluebot, Giulia Essyad propose une science-fiction féministe qui met en scène une communauté matriarcale assistée par des robots doués d'intelligence émotionnelle : les poupées bleues Bluebot. L'histoire se déroule dans un futur post-apocalyptique où les femmes, créatrices de ces dispositifs, sont les seules survivantes. À la fois enfantine, sensuelle et incarnée, la poupée suggère une déclinaison du propre corps de l’artiste : c'est cette dernière qui lui insuffle la mémoire, la sagacité au service des autres protagonistes du récit et la vie – certes artificielle, mais qui échappe à sa créatrice par une pensée indépendante. Bluebot part à la recherche de sa propre histoire sur une terre partiellement en ruine, qu'elle va parcourir. Elle explore son environnement dans un mélange de joie et de mélancolie. L'histoire, très fragmentée et énigmatique, semble décomposée comme la dollbot démembrée. Un fil rouge se distingue cependant : celui d'une charge affective liée aux notions de perte et de reconstruction du passé. S'inspirant d'une esthétique de jeux vidéo, Essyad mêle vues réelles, images générées sur ordinateur et animations miniatures (3D, stop-motion). La bande son, composée par l'artiste, joue un rôle central dans cette œuvre qui connaîtra encore des développements ultérieurs, tant sous forme musicale que textuelle ou performative. La disparité visuelle participe de ce qu'Essyad appelle un compost d'images. « Je ne veux pas bannir le désordre de mon travail : je pense que les erreurs le rendent plus précis. L'œuvre parle du monde, et le monde est un désordre. »
